SIM 17(4)

Systèmes d’information et Management, Vol. 17, No 4
éditée par les Editions ESKA
avec le soutien de l’AIM

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ARTICLES DE RECHERCHE

Contribution des Objets-Frontière à la Gestion des Connaissances: analyse des dépendances dans un bloc opératoire

Agnès Lancini & Nathalie Sampieri-Teissier
L’objectif de cet article est d’étudier comment des acteurs appartenant à des mondes sociaux hétérogènes parviennent à se coordonner et à partager leurs connaissances. L’étude propose un cadre théorique original qui intègre un concept encore peu utilisé en Sciences de Gestion : le concept d’Objet-frontière (OF) comme une clé de compréhension de la coordination, des dépendances et de la gestion des connaissances (GC) aux frontières. L’approche méthodologique retenue s’appuie sur une étude de cas portant sur la mise en place d’un nouveau Système d’Information (SI) dans le cadre de l’évolution du processus de programmation d’un bloc opératoire au sein d’un hôpital public français. Cette approche qualitative est menée dans la tradition de la Practice Theory afin d’analyser de façon approfondie et contextualisée les pratiques des acteurs et, notamment, comment ils mobilisent les OF. Sur un plan théorique, les résultats de cette recherche montrent que les OF aident les acteurs à se coordonner et leur permettent de faire évoluer leurs connaissances respectives, voire de créer de nouvelles connaissances pour améliorer leurs pratiques professionnelles. De plus, l’existence d’une dynamique et d’un cycle de vie des OF est mis en évidence. Ce résultat insiste sur une voie de recherche particulièrement importante en Systèmes d’Information, concernant l’interaction sociale et les difficultés d’appropriation des technologies de l’information par les utilisateurs, mais également sur le rôle que peuvent jouer des acteurs-frontières. Ces contributions et perspectives sont soulignées et discutées, comme étant des éléments importants à prendre en compte pour la mise en ’uvre et l’utilisation des Systèmes d’Information (SI).
Proposition d’une échelle de mesure psychométrique de l’appropriation individuelle d’un outil informatique
Christina Tsoni

L’appropriation est définie comme à la fois comportement et état psychologique de l’individu. Or, à ce jour, les recherches consacrées à l’appropriation des outils informatiques étudient pour l’essentiel les usages, c’est-à-dire le comportement des utilisateurs vis-à-vis de l’outil. Ces études n’intègrent pas les perceptions individuelles d’appropriation. Ainsi, nous constatons un manque de moyens pour étudier les aspects psychométriques de l’appropriation, telle que qualifiée par l’utilisateur lui-même. Notre objectif est de proposer une échelle mesurant l’appropriation individuelle dans sa dimension psychologique. Etudier les perceptions individuelles d’appropriation permettrait de mieux comprendre le processus d’appropriation, voire la non appropriation.

Les études empiriques ont été réalisées au sein d’une banque suite à un changement informatique. Les utilisateurs n’ont pas participé ni au choix de l’outil ni à sa mise en place mais étaient obligés de l’utiliser. D’abord, une étude exploratoire par entretiens a été réalisée (13 entretiens) afin de mieux appréhender le concept d’appropriation au niveau individuel. Puis, les thématiques qui ont émergé de la phase exploratoire ont servi pour construire un questionnaire dont les items ont été soumis à une procédure de validation d’instruments de mesure (332 questionnaires). Les résultats des analyses ont mis en lumière deux dimensions de l’appropriation : la « Maîtrise » se référant au sentiment des utilisateurs quant à leur aptitude à utiliser l’outil dans ses applications diverses et la « Préférence » se référant à la prédilection des utilisateurs pour l’outil, notamment par rapport à d’autres alternatives (en l’occurrence l’ancien outil).

La Préférence et la Maîtrise ont des implications concrètes par rapport à la mise en place d’outils notamment dans le cadre particulier de changements informatiques. Ces deux dimensions invitent les managers à songer à la fois aux aspects psychologiques et comportementaux des utilisateurs. Tandis que la Maîtrise de l’outil est nécessaire pour travailler efficacement, la Préférence, témoigne de l’intérêt personnel de l’utilisateur pour le nouvel outil. Nous suggérons que la considération concomitante des indicateurs psychométriques et comportementaux permettra une compréhension et une évaluation plus globales de l’appropriation individuelle, d’autant plus que le coût élevé de mise en place d’outils oblige les managers à choisir les moyens d’accompagnement avec parcimonie et efficacité.

OPINIONS

Les spécificités de la communauté francophone d’enseignant-chercheurs en Système d’information en termes de prestige des revues et de publications.

Claudio Vitari, Marc Humbert & Jean-Philippe Rennard

Face à ce qui est souvent présenté comme une crise d’identité du domaine des Systèmes d’information (SI) et en accord avec Hirsheim et Klein (2003), nous pensons qu’un panorama international des publications faisant ressortir les spécificités « locales » peut contribuer à une évolution favorable. A l’intérieur de la communauté francophone, une telle analyse est nécessaire pour évaluer les revues du domaine et leurs classements de manière à avoir une idée de la production des chercheurs francophones. Les processus de publication (où et comment ?) sont des composants fondamentaux de l’identité de cette communauté francophone, car ils reflètent ses systèmes de valeurs, ses paradigmes, ses pratiques culturelles, ses systèmes de valorisation, sa structure d’organisation et ses aspirations.

Cet article analyse les résultats d’une étude scientométrique conduite sur les revues en Systèmes d’information, ciblant la communauté académique francophone. Sans surprise, Management Information Systems Quarterly (MISQ) qui est considérée comme la revue la plus prestigieuse dans la communauté mondiale des SI, apparaît également en tête dans la communauté francophone. Au-delà, cette étude nous permet d’identifier et classer les revues les plus prestigieuses aux yeux des auteurs francophones. Elle montre également la forte polarisation des chercheurs français qui, à la différence de leurs collègues québécois, publient massivement dans SIM ou plus particulièrement dans des revues ayant ou ayant eu des éditeurs en chef européens.

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