Monthly Archives: July 2012

Et bien, il y avait un ter…

(Pour ceux qui suivent nos aventures régulièrement, vous savez à quoi je fais référence. Pour les autres, tant pis…)

Lundi 30 juillet, 08h00. Déjà la fin du séjour qui s’annonce et avec elle, la dernière journée de visites que Marc nous a méticuleusement concoctée, à Hangzhou, une charmante ville située à une heure de train rapide de Shanghai. De très jolis parcs, une grande rivière, des lacs… en résumé, plus de verdure que nous n’en avons vue durant les huit jours précédents et un grand bol d’air frais pour les moins citadins d’entre nous.

Nous partons en car de l’hôtel, accompagnés de Kelsey, une guide adorable qui non seulement prend soin de nous conduire à travers la ville mais surtout de nous en apprendre un peu plus sur celle-ci, son histoire, ses habitants, ses quartiers, ses entreprises. Sa façon passionnante de nous faire découvrir son environnement contribue à ce que le trajet passe à une vitesse folle. Au point qu’à peine partis, nous voilà déjà au pied du bâtiment de la première entreprise qui doit nous accueillir pour cette journée, Hempel International (pour être claire, le nombre de visites prévues aujourd’hui se monte à quatre, sans compter les activités culturelles programmées en fin d’après-midi, d’où mon titre… Je ne vous relaie par conséquent dans cette publication que les moments que j’ai estimés les plus forts.).

C’est une entreprise de textiles chinoise très présente sur la scène internationale. En effet, celle-ci fabrique non seulement des vêtements pour ses propres marques mais également pour des grandes enseignes telles que Gap, Armani, H&M, Zara, etc. Si nous pensons assister à une présentation plutôt abstraite au sein de leurs locaux, nous nous apercevons vite que la personne en charge de nous recevoir nous emmène directement sur l’un de leurs sites de production. De quoi constater par nos propres yeux ce que des émissions télévisées comme Capital nous ont déjà souvent montré. Mais croyez-moi, en vrai, c’est bien plus impressionnant ! L’entrée du premier étage auquel nous accédons nous permet assez rapidement de prendre conscience du gigantisme des lieux et du nombre d’employés (6’000 au total) œuvrant dans des espèces de hangars colossaux où la température s’élève à plus de 30°. Si cette première impression peut choquer certains d’entre nous, nous nous rendons cependant compte, fil de la visite, que les conditions de travail de cette entreprise semblent en réalité assez bonnes eu égard aux reportages catastrophistes que nous avons pu un jour ou l’autre visionner. Je sais, vous allez me dire qu’une entreprise n’offrant pas une qualité de travail correcte à ses employés ne nous aurait jamais emmenés dans ses locaux et vous avez raison. Cependant, je pense qu’il est également important de souligner quand les choses vont bien, ou pas trop mal. Si les employés de cette société travaillent en moyenne dix heures par jour et dorment, pour la plupart, sur place, il semble qu’ils bénéficient quand même d’un environnement de travail acceptable.

Rien à voir cependant avec une autre compagnie que nous allons visiter et dont le campus dégage une toute autre atmosphère, favorable, selon les personnes nous prenant en charge, à la détente, donc à la créativité et la productivité. Pour faire court, Netease est un développeur de jeux vidéo online (à la Worldcraft notamment, pour les adeptes), un fournisseur de services mail et de manière très résumée une espèce de « google chinois » (mais sans aucune comparaison au niveau des parts de marché). Une brève présentation théorique et nous voilà à la découverte de leur site, antithèse exacte de l’entreprise précédente et révélatrice des différentes tendances de management du personnel entre des secteurs d’activité recourant à des moyens de production plus ou moins traditionnels ou modernes. Une grande cour centrale, des espaces verts, des coins canapés, un fitness, une salle de jeux, une cafétéria immense et lumineuse. De quoi trouver ça presque suspect… Pourtant, un dîner en compagnie de quelques-uns de leurs employés suffit à nous convaincre. Tant que le travail est fait, les horaires de présence sont fixés entre 10h00 et 18h00, avec un lunch servi entre 12h00 et 13h00. De quoi donc faire des envieux pour quelques-uns d’entre nous, à condition tout de même de garder à l’esprit que les employés chinois n’ont pas de vacances (de quoi vous vous plaignez avec vos quatre, voire cinq semaines par année ?).

La dernière partie de la journée que je vais vous raconter (parce qu’il y en a eu d’autres, dont le spectacle de son et lumières créé par l’artiste en charge de la cérémonie d’ouverture des jeux olympiques. Non seulement une véritable performance d’artistes sur un lac mais également, pour les plus romantiques d’entre nous, une magnifique histoire d’amour. Je ne m’étends cependant pas sur le sujet ayant fait le choix, après maintes tentatives, de profiter du spectacle plutôt que de m’énerver avec des photos toutes plus ratées les unes que les autres…) repose sur la visite du temple de Lingyin, également démesurément grand. Je vous le précise dès à présent afin que vous preniez conscience que, malgré la beauté des lieux, nous avons marché pendant environ deux heures à 38°, avec un taux d’humidité approximatif de 80-90%. Donc un peu de compassion en plus de l’émerveillement, s’il vous plaît. Bref… un endroit véritablement paradisiaque que je vous laisse découvrir en images, simplement…

La folie des grandeurs…

Dimanche, 7h30 (il ne fallait pas rêver… la matinée de congé d’hier devait bien être compensée à un moment ou à un autre du voyage !). La routine des départs relativement (trop pour certains) tôt depuis notre hôtel commence à s’installer. Aussi, pas de retardataires ce matin, bien que nous devions libérer les chambres. En effet, nous partons aujourd’hui pour une destination qui nous contraint à quitter notre luxueuse demeure secondaire pour un hôtel présenté par Marc comme plus modeste (en réalité et ce bien que la différence soit remarquable, notre nouvelle « maison » constitue néanmoins pour nous, pauvres étudiants, un endroit classe. Peut-être plus petite que la précédente mais bien au-dessus du standing auquel la plupart d’entre nous sommes habitués).

Direction donc la gare pour prendre un train rapide (quand les Chinois disent rapide, ça signifie très rapide) pouvant atteindre des pointes de plus de 400 km/h (ça, c’était avant l’accident ayant causé la mort d’une quarantaine de personnes il y a un an ou deux. Maintenant, il adopte une vitesse de croisière plus proche des 200 km/h). Et c’est là que mon titre trouve sa première justification. La gare ressemble à un aéroport. Les salles d’attente sont immenses ; les files pour accéder aux quais d’embarquement interminables. Un bruit assourdissant de milliers de personnes discutant, riant, criant parfois, nous envahit les oreilles. Si la gare de Shanghai est très propre, celle de Yiwu, objet de notre voyage, est sale. Des odeurs d’urine (oui, encore mais à 38° passés, je vous jure que vous aussi, vous auriez de la peine à vous en accommoder) et d’égouts en émanent fortement de certains endroits. Pas de doute, nous quittons la ville bien proprette qui nous a accueillis cette première semaine pour découvrir un autre visage de la Chine.

Le but de cette journée est, comme je viens de le suggérer à travers cette description des infrastructures ferroviaires, Yiwu. Une « petite » ville de 1 million d’habitants abritant le plus grand marché de commerce en gros du monde. Un complexe d’une surface approximative de 2 millions de mètres carrés… De la folie !

Ici, des négociants du monde entier viennent pour faire affaire. Privés ou engagés par une entreprise, ils sont des milliers à faire le déplacement pour se fournir en tout et n’importe. Des aspirateurs, aux pelles, jouets, en passant par des enseignes lumineuses, caméras de vidéosurveillance ou des distributeurs de chemises, tout (ou presque) est achetable dans des quantités plus ou moins importantes dans ce marché constitué d’environ 20’000 petites échoppes (à ce propos, la prochaine fois que vous y irez en vacances au Maroc, ou ailleurs, et songerez à ramener un bel objet de l’artisanat local, méfiez-vous !).

Deux missions nous sont assignées pour la journée afin de nous faciliter la prise de température des lieux et tenter de mieux comprendre les interactions économiques se déroulant sous nos yeux : rencontrer des traders (donc des personnes qui viennent ici pour vendre ou acheter) et se renseigner sur le processus d’acquisition de biens dans cette immense foire. Si les contacts avec les négociants occidentaux, peu nombreux, sont relativement faciles à établir, il n’en demeure pas moins que ceux tentés avec des Chinois sont souvent plus compliqués. Problème de langue nous disent quelques-uns de nos interviewés, accompagnés généralement d’un interprète… Et confirmation faite lorsque certains d’entre nous (parce qu’un groupe y est quand même parvenu, bravo !) avons essayé d’échanger avec les commerçants du coin. Cependant, les difficultés rencontrées n’entachent en rien le plaisir que nous procure cette activité. Parce que nous avons presque l’impression de pouvoir y faire des affaires, d’être crédibles, malgré nos gros sacs à dos et une dégaine, pour être tout à fait franche, de touristes. Des kilomètres donc avalés avec une certaine satisfaction, presque une sensation d’en faire partie. Et ce, malgré une chaleur étouffante qui, certes nous ralentit, mais en aucun cas ne nous décourage lorsque proposition est faite de tester certains articles particulièrement attrayants du centre. Parce qu’après tout, nous sommes bien là pour faire des affaires…

Entre modernité et tradition…

Samedi 28 juillet, midi. La soirée d’hier était libre. Aussi avons-nous eu le droit, ce matin, de nous reposer mais surtout de profiter la veille en toute bonne conscience d’une virée nocturne dans une boîte quelconque (j’utilise sciemment cet adjectif parce que me concernant, la niveau des décibels était presque effrayant et la qualité musicale, disons, relative…) de Shanghai.

Nous avons rendez-vous dans un très joli restaurant près du Bund, un quartier d’affaires dans lequel les gratte-ciels sont véritablement gigantissimes (pour preuve, le building qui ressemble à un décapsuleur à peu près au milieu de l’image – non, non ne niez pas, vous y avez aussi pensé – est la deuxième tour la plus haute au monde). Un peu en avance sur l’emploi du temps, nous décidons de passer rapidement sur l’esplanade habituellement bondée (ou « bundée » selon que vous appréciiez ce genre d’humour dont nous sommes, pour être francs, assez adeptes…) afin de vous faire profiter de la vue et d’immortaliser ce « show » architectural.

Un incroyable repas plus tard (celui du soir, dans un tout autre registre, était également bluffant. Une véritable fondue chinoise mais, en lieu et place des restaurants plutôt intimistes que nous avons fréquentés jusqu’alors, un endroit capable d’accueillir au bas mot simultanément 2’500 personnes), nous voilà prêts pour notre après-midi culturel.

L’idée étant de nous sensibiliser au fait que la Chine est encore aujourd’hui un symbole d’équilibre entre tradition et modernité, nous débutons nos activités par la visite d’un musée d’art contemporain. Si certains esprits s’éveillent à l’évocation de ce nouvel art, il faut bien avouer que la plupart d’entre nous avons soit beaucoup ri, soit un peu bâillé et le plus souvent dit ou pensé que nous n’y comprenions peut-être rien (pour ma part, je… non, vous ne saurez pas ce que je pense de l’art contemporain. Je pourrais devenir grossière et comme l’appréciation de l’œuvre d’un artiste est par essence extrêmement subjective, je ne devrais pas me permettre une quelconque remarque.)… Bref, rien de tel que de vous transmettre à ce propos quelques photos pour que vous vous fassiez votre propre opinion du talent des jeunes artistes contemporains chinois qui exposent dans cette galerie.

La suite de l’après-midi nous amène dans un quartier (enfin plutôt une sorte de pâté de petites maisons toutes collées les unes aux autres) au cœur de Shanghai mais qui, pour une raison que je ne saurais expliquer, constitue un havre de tranquillité et de quiétude, tant au niveau du bruit que de l’absence de gens. Nous y avons une heure et demie pour nous promener et découvrir, cette fois-ci avec un réel enthousiasme, des dizaines de petites galeries d’art, propices à satisfaire les goûts et la curiosité de tous les participants. Les photos y étant malheureusement interdites, je ne peux vous en restituer ici qu’une seule, prise à la dérobée, mais qui nous semblait néanmoins assez symbolique, de notre point de vue néophyte, de ce que peut représenter aujourd’hui la Chine dans l’inconscient collectif occidental).

La dernière activité proposée constitue de loin la partie la plus traditionnelle de cette journée culturelle. Nous sommes accueillis dans une école (remplie d’étudiants qui sortent des cours alors que, je vous le rappelle, nous sommes samedi) dont je pense qu’il est intéressant, pour commencer, de camper le décor, ne serait-ce que pour nous rappeler combien nous sommes gâtés à l’Unil. En effet, le bâtiment se situe dans un quartier bruyant qui semble en chantier. Désuet et peu équipé, ses couloirs sont plutôt obscurs et une forte odeur d’urine envahit littéralement nos narines lorsque nous passons devant les toilettes.

Nous grimpons les escaliers jusqu’au 2ème étage et découvrons alors, de manière assez surprenante, une salle de classe très claire, fraîche et absolument parfaite pour commencer notre premier cours de calligraphie. C’est un professeur, ou plutôt un maître, très connu en Chine, entouré de cinq assistants (traduisant, photographiant et filmant la séance) qui nous fait l’honneur de nous initier à son art. Après une première partie théorique durant laquelle nous trépignons d’impatience à l’idée de pouvoir saisir nos pinceaux et nous mettre à l’œuvre, nous voilà partis pour un nouvel apprentissage. Les premiers traits sont timides, mal appuyés ; c’est bien plus dur et précis qu’il n’y paraît. Mais les progrès sont franchement rapides. Les symboles commencent à ressembler à quelque chose (sans vouloir offenser qui que ce soit…), les pinceaux sont maniés avec plus d’assurance et le plaisir va grandissant. Un plaisir qui semble d’ailleurs partagé par nos hôtes aussi bienveillants que très chaleureux. Une expérience qui restera donc gravée dans la mémoire de chacun d’entre nous (ainsi qu’au travers des « œuvres d’art » que nous avons pu réaliser et emporter à l’issue de la séance) et que j’illustrerai avec la dernière photo, symbole d’un beau moment que nous avons pu partager, au travers d’une activité à la fois passionnante et ludique, avec ces personnes.

P.S. Nous partons demain matin pour Hangzhou. Donc pas de panique si aucune publication n’était postée en fin de journée. L’absence de nouvelles ne signifierait en aucun cas que nous avons subi des intempéries, ou pire…, mais simplement qu’il n’y aurait pas de connexion internet.

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Aujourd’hui, c’est avec honneur que tous les petits suisses présents se sont fait accueillir à bras ouvert par l’école d’art et de fashion de Shanghai. Grâce à l’enseignement d’un maître de la calligraphie, nos pâtés de mouches se sont transformés en majestueux caractères chinois. La plupart des universitaires savent désormais écrire leur nom en chinois!